14 juin 2012

Mode enfantine et luxe (4) – La layette


Les travaux de Philippe Ariés et des historiens spécialisés qui lui ont succédé montrent que l'enfance fut longtemps une notion floue, même si l'enfant tenait un rôle social essentiel. Il a fallu plus de deux siècles, de Jean-Jacques Rousseau à Françoise Dolto, pour arriver à l'idée que « l'enfant est une personne ».

▲Les enfants de Charles Ier d'Angleterre, par Anton Van Dyck, 1637 sur le blog altesses.eu

▲à g. : Charles-Philippe de France, comte d'Artois (petit-fils de Louis XVI, futur Charles X)
et sa sœur Madame Clotilde, par François-Hubert Drouais, vers 1760
Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Tablier d'enfant en dentelle de Milan, Musées royaux d'Art et d'Histoire, Bruxelles


Avant la fin du XVIIe siècle, voire le XVIIIe siècle, on ne considère guère que l'enfant ait besoin d'une garde-robe spécifique. Dès que possible, au plus tard à sept ans, considéré comme « l'âge de raison », on l'habille comme un adulte en miniature, il subit les mêmes conventions vestimentaires dictées par la mode. Lorsqu'il a un rôle de représentation – c'est le cas dans toutes les cours européennes, où le jeu des alliances implique des mariages précoces – son vestiaire, signe social de sa haute naissance, est aussi somptueux que celui de ses parents.

La spécificité du vêtement d'enfant ne s'applique donc de fait qu'à deux classes d'âge : le nourrisson en maillot et layette et le petit enfant, fille ou garçon, qui porte la robe. Ce sont les thèmes de cet article et d'un prochain à venir. Je me limiterai essentiellement aux périodes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles.

Luxe et raffinement d'une layette qui se féminise

Les caractéristiques propres aux pièces de layette remontent au Moyen Âge, l'habillement des nourrissons ne varie guère jusqu'à la fin du XIXe siècle.

▲Portrait de Cornelia Burch à l'âge de deux mois, École flamande, 1581
Hull Museum Collections, Kingston upon Hull

▲Le prince Federigo d'Urbino dans son berceau, par Federico Barocci, 1605, Galerie Palatine, Florence

▲Châle de baptême en soie brodée d'argent, Italie, 1620-1650, Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : Châle de baptême, satin de soie brodé de fils d'or et d'argent,
Angleterre, vers 1650-1675, Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Le prince Léopold de Médicis bébé, par Tiberio Titi, 1607
Galerie Palatine, Florence, sur le blog altesses.eu

▲à g. : Louis XIV bébé représenté en maillot dans les bras de sa nourrice, Marie de Longuet de la Giraudière,
Musée des Châteaux de Versailles et du Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Bande de maillot, 1600-1625, Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : Ensemble de baptême en dentelle, Belgique, deuxième moitié du XVIIe siècle
Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Nouveau-né de la famille Faucigny-Lucinge, atelier des Frères Beaubrun, XVIIe siècle
Fondation Yannick et Ben Jakober, Alciuda

▲à g. : Portrait de bébé, par Mary Beale,1690-1730, Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Madame Privat de Molières et ses filles (détail), par Antoine Raspal, vers 1775-1780, Museon Arlaton, Arles

▲L'emmaillotement présenté par 38 mannequins de poupons à l'Exposition universelle de 1889,
à g. à la manière des Ardennes, à dr. à la manière du Vaucluse
MuCEM, Marseille sur L'Histoire par l'image


L'emmaillotement du nourrisson est pratiqué depuis l'Antiquité. Le but est de le tenir au chaud et d'éviter que ses jambes ne se déforment. Le temps d'emmaillotage serré se raccourcit peu à peu, la planche en bois qui maintient les jambes droites est abandonnée à la fin du XVIIIe siècle, les bandelettes qui entourent tout le corps du bébé ne concernent plus que les jambes. Contrairement aux Anglais qui cessent d'emmailloter les bébés au bout de quelques semaines dès les années 1820, et malgré le « retour à la nature » prôné par Jean-Jacques Rousseau en 1762, les bébés français sont tenus serrés dans leurs langes au moins jusqu'en 1914, et même les années 1950 dans les milieux ruraux [Lire sur Les Petites Mains, Tricentenaire Jean-Jacques Rousseau, L'influence de l'Émile sur l'habillement des enfants].

Comme l'adulte, le premier vêtement porté par l'enfant est la chemise, croisée dans le dos, qu'on taille de préférence dans une toile ou un linge usé, plus doux et plus souple. On le revêt ensuite d'un corset, constitué d'une bande en flanelle taillée en biais, puis à trois mois de toile renforcée. Sur la chemise et le corset, il porte des camisoles et des brassières superposées, à manches longues, en toile ou en flanelle. Puis on le serre dans deux séries de langes maintenus par une longue bande de toile de lin, elle-même recouverte d'un troisième lange et d'une couverture de chanvre ou de laine (Le substantif « lange » vient de l'ancien adjectif lange, « de laine » ; il désigne la pièce d'étoffe qui enveloppe le bas du corps du nourrisson). Là se limite l'habillement du bébé de milieu pauvre. Les riches superposent des bandelettes de dentelle et langes d'apparat réalisés dans des matières précieuses, brodées et ornées de dentelles.

▲Le dauphin François (détail), fils de François Ier et de Claude de France, né en 1518
par Jean Clouet, vers 1520-1525, Musée royal des Beaux-Arts, Anvers

▲à g. : Portrait de Marc Etienne Quatremère et sa famille (détail)
par Nicolas Bernard Lépicié, 1780, Musée du Louvre, Paris sur Agence photographique de la RMN
à dr. : chemises et linges de bébé, XVIIIe siècle, Livrustkammaren, Stockholm
sur Flickr par Johanni

▲à g. : Brassières de bébé, XVIIIe siècle, sur Flickr par Johanni
à dr. : Portrait de Louis-Antoine de Bourbon, duc d'Angoulême (fils de Charles X alors comte d'Artois),
École française, 1776, Musée Cognacq-Jay sur Agence photographique de la RMN

▲Brassière de bébé en toile de coton blanche travaillée au boutis, vers 1750-1760
Museon Arlaten, Arles sur Base Joconde

▲Brassières en coton blanc boutissées, 1750-1760, Museon Arlaten, Arles sur Base Joconde

▲à g. : Napoléon-François, roi de Rome, âgé de 4 ans, par François Pascal Simon, baron Gérard, vers 1812
Châteaux de Versailles et de Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Brassière du roi de Rome en batiste, brodée, ornée de dentelle, 1811
Château de Fontainebleau sur Agence photographique de la RMN

▲Brassière du roi de Rome en batiste, brodée, ornée de dentelle, 1811
Château de Fontainebleau sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Brassière du roi de Rome en batiste, brodée, ornée de dentelle de type Maline, 1811
à dr. : Pointe de cou du roi de Rome en batiste, brodée, vers 1811
Château de Fontainebleau sur Agence photographique de la RMN

▲à g. : Robe de sortie en linon brodé, vers 1820-1830
catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000 [Lire sur Les Petites Mains : Mes sources]
au centre : Henri Charles Ferdinand d'Artois, duc de Bordeaux, représenté au berceau
et sa sœur Louise Marie Thérèse d'Artois, « Mademoiselle d'Artois, aux Tuileries, par Louis Hersent, 1821
Châteaux de Versailles et de Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Robe de bébé, Angleterre, 1810-1820, Victoria and Albert Museum, Londres


Au XVe siècle, les toiles se font si fines et blanches qu'elles se plissent et se froncent avec raffinement, la chemise devient un signe de distinction sociale. La mode est au décolleté carré qui laisse apparaître le haut de la chemise, garnie au col d’une cordelette parfois resserrée – c’est l’ébauche de la fraise qui va apparaître dans la seconde moitié du siècle [Lire sur Les Petites Mains, L'histoire de la fraise en 6 épisodes].

Au XVIIIe siècle, l'utilisation du coton blanc, en toile et en piqué, transforme la layette en facilitant son entretien. La chemise des bébés se borde d'un petit volant ou d'une collerette qui se rabat sur une brassière en laine, protégeant ainsi leur menton. Le piqué de coton est largement utilisé pour les vêtements et langes de bébés. Les familles aristocratiques du sud de la France profitent des importations de coton par Marseille pour faire réaliser des pièces de layette en boutis, un travail d'aiguille virtuose typiquement provençal, dont le Museon Arlaten d'Arles conserve des modèles magnifiques. Quelques pièces comme les jupons et les camisoles sont en flanelle, certaines brassières en laine tricotée.

▲à g. : Hélène-Louise de Mecklembourg-Schwerin, duchesse d'Orléans
tenant son fils Louis-Philippe-Albert, comte de Paris (petit-fils de Louis-Philippe), 1838
par Franz Xaver Winterhalter, Château de Versailles et de Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Robe longue en coton et soie, France, 1840-1860, The Metropolitan Museum of Art, New York

▲à g. : La reine Victoria avec le prince Arthur, par Franz Xaver Winterhalter, 1850, sur Commons Wikimedia
à dr. : Robe cache-maillot en mousseline, Angleterre, Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : L'impératrice Eugénie et le prince impérial, par Joseph Constant Brochart, 1856
à dr. : Robe de maillot du prince impérial, vers 1856
Château de Compiègne sur Agence photographique de la RMN

▲en ht à g. : trousseau de bébé, La Mode illustrée, 2 décembre 1868
boutique Au Fil du Temps sur e-bay
en bas à g. : pièces de layette, La Mode illustrée, 30 avril 1899
à dr. : Portrait de bébé, vers 1900 sur Femmes en 1900

▲à g. : Nourrices et enfants, 1883 sur Femmes en 1900
à dr. : Deux bébés avec leurs nourrices, fin XIXe siècle, Fonds Eiffel,
Musée d'Orsay, Paris sur Agence photographique de la RMN

▲à g. et au centre : Cape longue pour bébé en soie, ornée de dentelle et brodée, 1887
Angleterre, Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Manteau pour bébé, La Mode illustrée, 5 mai 1895
boutique Au Fil du Temps sur e-bay


Le travail de layette relève de la corporation des lingères. Elles fournissent le linge de corps plus ou moins brodé et orné de passement [dentelle] de toute la famille, ainsi que les layettes et les linges des bébés, au nom générique de maillot. Il s'agit d'un grand nombre de langes et de couches, carrés ou rectangles d'étoffes qui enveloppent l'enfant serré dans un couvre-lange.

Les véritables vêtements sont les brassières, les fichus de cou croisés sur la poitrine qui maintiennent droite la tête du bébé et tiennent lieu de bavoir, les bavoirs – qui apparaissent dans les années 1830-1840, parfois tricotés en fil de coton, sous le second Empire ils ont une forme de corselet – les guimpes ornées de dentelles et de broderies, les béguins et les bonnets [Lire sur Les Petites Mains : les chapeaux d'enfants].

À partir du premier Empire et sous la Restauration, la mode délaisse le couvre-lange en soie – il s'agit parfois d'un luxeux châle en cachemire, pièce de choix du trousseau de mariage de sa mère – pour la robe blanche qui recouvre le maillot, c'est le début de la féminisation de la layette.

Toutes les pièces du trousseau d'un bébé prestigieux, comme le roi de Rome, fils de Napoléon et de Marie-Louise, sont réalisées dans des batistes, des mousselines et des satins, ornées de broderies et de dentelles raffinées. Les vêtements de dessus, comme le manteau et la cape, puis le le burnous, se développent à partir de 1830.

À la Belle Époque, le vestiaire du bébé est aussi varié et abondant que celui de la femme : chemises de jour, corsets, jupons que l'on superpose, brassières, guimpes, fichus, bavettes [bavoirs], robes, bas, camisoles, chemises de nuit... La féminisation de la layette ne se renversera que dans les années 1920.

▲Ensemble de baptême, vers 1898, cape du soir pour femme, Redfern, vers 1902
Cette photographie, extraite du catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000
[Lire sur Les Petites Mains : Mes sources],
montre la similitude des décors et matériaux des modes féminines et de la layette,
qui s'est féminisée pendant tout le XIXe siècle.


La layette, premières touches d'élégance et de prestige

Au XIXe siècle, dans les classes aisées, on possède plusieurs robes blanches cache-maillot, brodées et ornées de dentelles et d'entre-deux, puis de broderies anglaises, qui peuvent atteindre quatre-vingts centimètres dans la deuxième moitié du XIXe siècle. On confond aujourd'hui ces robes blanches « de circonstances » ou « de sortie » avec les robes de baptême. Tout au long du siècle, les robes de cérémonies font l'objet d'une surenchère de longueur, qui dépasse le mètre. Cette pratique, qui mêle protection et ostentation, prend fin dans les années 1880 avec l'invention du landau.

▲à g. : Robe de baptême, Angleterre, 1700
au centre : Robe de baptême, Angleterre, 1730-1770
à dr. : Robe de baptême, Angleterre, 1740
Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. : Robe de sortie en damas appliqué de fleurs brodées, 1730, et bonnet, Musée Galliéra
au centre : L'empereur François Ier d'Autriche et l'impératrice Marie-Thérèse
représentés à Schönbrunn entourés de leurs douze enfants (détail), atelier de Martin Van Mytens, 1756,
Château de Versailles et Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Robe de baptême en soie brodée, 1780, Münchner Staatsmuseum, Münich
Images de g. et de dr. extraites du catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000
[Lire sur Les Petites Mains : Mes sources]

▲Robe d'apparat de Napoléon-François, roi de Rome, vers 1811
catalogue d'exposition La Mode et l'Enfant 1780... 2000 [Lire sur Les Petites Mains : Mes sources]

▲Robe de baptême en lin, vers 1896
Victoria and Albert Museum, Londres

▲à g. et au centre : Robe de baptême en lin, vers 1900, Victoria and Albert Museum, Londres
à dr. : Madame Knox et son bébé, photographie Harris & Ewing, 1908, sur Wikimedia Commons


Les robes de baptême sont apparues vers 1750, souvent blanches, en symbole de pureté [Lire sur Les Petites Mains, couleur : blanc]. Dans les familles aristocrates ou bourgeoises, le baptême est l'occasion d'un déploiement de luxe et d'élégance. Au début du XIXe, le nourrisson porte une somptueuse robe blanche, on l'enroule dans le voile de mariée de sa mère ou dans un châle cachemire. Vers la fin du siècle il est revêtu d'un manteau qui recouvre le maillot, coiffé d'un béguin (conservé dans les familles car « sacré » par les huiles saintes) et d'un bonnet [Lire sur Les Petites Mains : les chapeaux d'enfants].

Les robes de baptême s'inspireront longtemps du style vestimentaire du XVIIIe siècle, avec notamment des corsages travaillés en pointe. Sous le premier Empire, on les aime en mousseline avec des semis brodés ; sous la Restauration, des volants agrémentent et amplifient les manches ballonnées ; sous le second Empire on apprécie la superposition de volants sur le devant de la robe, les ornements en soutache appliquée et les entre-deux en ligne. Dans les familles fortunées, elles sont le plus souvent réalisées en dentelle de Valenciennes.

Le lit portatif, qui respecte le confort du bébé et le soutient, est très apprécié lors du baptême ou autres cérémonies. Il est en quelque sorte un héritage du XVIIe siècle : avant la découverte de « l'enfant chéri » du XVIIIe siècle, les relations entre parents et enfants, et encore plus les nourrissons, sont distantes. Les nourrices et les bonnes d'enfants ont l'habitude de présenter le bébé dans ce lit portatif, sorte de porte-bébé constitué d'un sac prolongé d'un oreiller, en soie ou en organdi. On y glisse l'enfant revêtu d'une brassière et d'un bonnet assortis, brodés et ornés de dentelles et de rubans.

▲à g. : La naissance de Louis de France, duc de Bourgogne (petit-fils de Louis XIV),
le 6 août 1682, par Antoine Dieu, Châteaux de Versailles et Trianon sur Agence photographique de la RMN
à dr. : Le baptême de Wilhelm V, prince d'Orange-Nassau, 1748, Rijksmuseum, Amsterdam
Les nouveaux-nés sont présentés sur un lit portatif.

▲Poupée Daisy et son lit portatif, 1890-1894, Victoria and Albert Museum, Londres

▲Lits portatifs, La Mode illustrée, 1897, 1900 et 1904
boutique Au Fil du Temps sur e-bay

▲Coffre à layette du dauphin, 1781, Château de Versailles et Trianon
On peut voir d'autres photos avec tous les détails des allégories et sujets mythologiques,
bergeries et scènes de réjouissance populaire sur le site de
l'Agence photographique de la RMN : suivez ce lien


En fine batiste, de lin [linon] puis de coton, les pièces de layette, réalisées à la main, peuvent être d'un raffinement extrême. Elles sont gardées dans un petit coffre ou layette de bois ou d'osier – par glissement, le contenant a donné son nom au contenu. Ce petit meuble peut faire l'objet d'un cadeau prestigieux lors de la naissance d'un enfant, comme celui offert par la Ville de Paris en 1781 à Louis XVI et Marie-Antoinette pour la naissance du premier dauphin Louis-Joseph le 22 octobre.

En 1638, la Gazette de France, premier hebdomadaire français, décrit le somptueux présent offert par le pape Urbain VIII dans trois layettes de velours rouge brodé d'argent, pour célébrer la naissance du Dauphin de France, futur Louis XIV. L'une d'elle contient « un grand lange de toile d'argent en broderie d'or, relevée et parsemée de fleurs au naturel, doublée d'une autre toile d'argent à fleurs d'or. Une grande mante ou couverture de toile d'argent à fleurons et broderies d'or, avec les armes et les chiffres de Sa Sainteté et de Sa Majesté ».

De la lingère à la maison de couture

La confection des trousseaux, des layettes et des robes de baptêmes relève du travail des lingères, parfois des couturières. Jusqu'au XVIIe siècle, la couturière est une exécutante à la solde des tailleurs et des lingères ; la différence entre lingères et couturières s'estompe lorsque la couture n'est plus l'apanage des hommes, suite aux arrêtés royaux de 1675, puis de 1782.

▲Nicolas de Larmessin, graveur, Costumes grotesques, la lingère, fin XVIIe siècle, BnF, Paris
Ces planches sont tirées d'un célèbre recueil de costumes « grotesques »,
qui constitue un témoignage aussi décoratif que documentaire sur les accessoires de chaque métier. 
On peut aussi y voir le bonnetier, le couturier, le fourreur, le fripier, le mercier, le plumassier,
la rubanière, le tailleur, le tisserand… et le laÿettier qui présente ses petits coffres.

Les lingères des cours royales sont connues. Madame Payen livre Marie-Antoinette. Mademoiselle Minette, lingère des cours de France entre 1800 et 1850, fournit une partie de la layette du roi de Rome (fils de Napoléon et Marie-Louise), puis du duc de Bordeaux (fils de la duchesse de Berry, petit-fils de Charles X), elle ouvrira ensuite sa propre maison de couture pour femme « À la Perle », rue des Petits-Champs. Madame Félicié reçoit la commande de la layette du prince impérial (fils de Napoléon III et de l'impératrice Eugénie).

Dans la seconde partie du XIXe siècle, les maisons de haute couture auront la même approche commerciale que les lingères-couturières. Elles captent la cliente en fournissant le trousseau et la tenue de la jeune mariée, lorsque celle-ci devient mère, elles habillent aussi les enfants. C'est le cas de la maison Doucet, par ailleurs spécialiste de la chemise masculine, qui propose des trousseaux depuis 1817, et remporte une médaille de bronze à l'Exposition universelle de 1867 pour ses modèles bébés.

(à suivre : Mode enfantine et luxe (5) – Le petit enfant en robe)

5 commentaires:

  1. Merci pour ce bel article, comme d'habitude très intéressant et instructif.
    Le coffre contenant la layette du Dauphin est somptueux ... un vrai plaisir des yeux !
    Je ne connaissais pas l'origine du mot layette alors que c'est un mot que j'ai toujours aimé et qui évoque tant de bons souvenirs ...

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    1. Je pense que vous n'êtes pas la seule à découvrir l'origine du mot layette, qui fait partie de ces mots de notre vocabulaire usuel dont on a complètement oublié le sens premier.

      L'histoire de la layette est un gros « morceau » de la mode enfantine. Incontournable, j'ai pourtant longtemps hésité à l'aborder, tant le sujet est vaste et complexe.

      Je profite de cette série sur le luxe pour montrer des pièces exceptionnelles et introduire le vocabulaire dédié : layette, maillot et emmaillotement, brassière, lange, béguin, bonnet, pointe ou fichu de cou, robe cache-maillot, de sortie, de circonstance ou de baptême, lit portatif, etc.
      Ce n'est bien sûr pas en un seul article qu'on fait le tour de la thématique. J'y reviendrai à coup sûr.

      Merci de votre fidélité.

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  2. Je puis témoigner que dans mon enfance (les années 50 ...)on langeait encore les bébés dans un extraordinaire attirail de pièces de tissu destinées à éponger le plus longtemps possible le pipi et à tenir chaud : après la chemise de corps de baptiste, puis la brassière croisée derrière le dos en laine tricotée, une bande de ventre, une couche pliée en triangle, une couche placée en rectangle drapée serré autour du ventre, un lange de laine plié en aumonière derrière et épinglé avec une ... épingle de nourrice, le tout maintenu bien fermement par un longue bande de lin noué bien serré autour du lange. J'étais aussi fascinée par les catalogues "Prénétal" qui vivait après guerre sa plus grande époque ... Il doit m'en rester quelquechose, car j'adore tricoter pour les bébés aujourd'hui !

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    1. L'art d'emmailloter les bébés était en effet enseigné aux filles en classe de fin d'études. Une initiation à l'économie domestique faisait l'objet d'un supplément dans les manuels scolaires des écoles rurales. On y trouvait la théorie et des exercices pratiques. L'hygiène du bébé, l'allaitement, les conseils pour choisir et entretenir la layette y figuraient en bonne place. J'adore ces livres ! J'aurai l'occasion de revenir sur ce thème de l'emmaillotement.

      Quant à Prénatal, la marque est effectivement née en 1947. Son propriétaire, un banquier avait flairé le bon filon du baby boom de l'après-guerre : parents et grands-parents achetaient alors en une fois tout le trousseau, la grande époque, comme vous dites ! Ce sont je crois les premiers magasins créés en franchise. Par peur, le banquier cèdera Prénatal au moment des évènements de mai 1968. La Redoute va l'acquérir pour un franc symbolique en 1974. Après plusieurs dépôts de bilan et bien des errements, Prénatal - du moins ce qu'il en reste - est devenue une marque italienne en 1995. On n'en entend plus guère parler.

      Pour ceux qui voudraient voir les tricots de Marie-Pierre, le diaporama c'est là : http://www.bigmammy.fr/albums/basic_knitting__/index.html#

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